Samedi 03 mai 2008 14:18 / MarcelD | dans coup de coeur | 18 Commentaires »

Il y a quelques temps je me félicitais d’entendre mieux. Aujourd’hui, je redécouvre le plaisir d’écouter de la musique. Ce n’est pas encore parfait et je pense que je ne retrouverai plus jamais mes oreilles de bambins durement touchées par des otites sournoises et répétitives. Mais grâce à une certaine obstination mise en œuvre depuis quelques années je récolte enfin aujourd’hui les fruits de tous ces efforts.
Je devais avoir une dizaine d’années lorsqu’un médecin généraliste a percé le tympan de mon oreille droite sans avouer à mes parents sa petite boulette (de cérumen). C’est donc pendant une dizaine d’années que mon oreille a accumulé toutes les petites poussières qui trainent de ci de là dans l’atmosphère et qui ont mis en branle la délicate mécanique de l’enclume, du marteau et de l’étrier jusqu’à ce que les militaires qui voulaient m’engager comme élève officier de réserve (bah oui, à l’époque, il suffisait de savoir lire pour être officier) découvrirent que je ne simulais pas dans la cabine du sauna insonorisée.
Après avoir subi une opération réparatrice du tympan droit, on m’a appareillé de deux vilaines petites prothèses audio, car l’oreille gauche ayant compensé pendant si longtemps la faiblesse de sa frangine de droite, se révéla être elle aussi très fatiguée.
Je n’ai finalement pas supporté ces accessoires disgracieux et ce pour les deux tentatives d’appareillage successives. En mars 1999, les acouphènes apparaissent subitement noyant mon cerveau dans un bourdonnement permanent. Mes problèmes auditifs devinrent alors sérieusement handicapant.
Contraint et forcé, j’ai avalé des quarts de comprimé de Rivotril matin, midi et soir pendant longtemps et les prédictions des spécialistes me susurraient que j’en avais pour perpette. Il se trouve que je n’aime pas me gaver de médocs et j’ai réussi à faire sauter la prise du midi sans trop de difficulté. Mais, force est de constater que les autres prises sont nécessaires, vous pensez bien que j’ai essayé de les faire sauter elles aussi… C’est mon cerveau qui a faillit imploser.
Ce mode de vie aurait pu se poursuivre comme ça jusqu’à ma cent trentième année (c’est ma ligne de vie qui me raconte ça) mais j’ai commencé à ressentir fort douloureusement les inconvénients engendrés par mon isolement social et affectif, lové dans ma bulle de coton (tige). Ce que je prenais pour du confort me faisait plus de mal que de bien.
J’ai donc pris le problème à bras le corps, j’ai enchaîné toutes les thérapies, régimes possibles et imaginables. J’ai eu recours à la médecine dite non conventionnelle, la pharmacopée chinoise traditionnelle, les pierres magnétiques, la phytothérapie, l’homéopathie, la suppression de certains aliments (notamment le lactose) et l’ingestion d’autres un peu plus exotiques, reçu du shiatsu, de l’ostéopathie crânio-faciale, pratiqué le Qi qong et consulté les meilleurs spécialistes sur la place de Paris en médecine occidentale, en vain. Pas d’amélioration au niveau de l’audition. J’ai bien sûr depuis toujours, travaillé plus ou moins de face sur ce problème avec mon thérapeute « psy » pour me faire sortir de ce cocon protecteur.
J’ai donc décidé de m’offrir une nouvelle jolie prothèse que j’ai réussi à garder alors que mon cerveau saturé de bruits en tous genres me suppliait de fermer le robinet de ce flot de nuisances assourdissantes. J’ai tenu bon. Mais je n’étais pas satisfait pour autant. Confronté à des crises de surdité soudaine (en réunion dans ma BDGN*) mes audiogrammes ne décelaient rien d’anormal et les médecins ne me croyaient pas lorsque je leurs disais que je n’entendais pas. (le son de ma voix, je ne la distinguais que de l’intérieur de ma boîte crânienne. Pour vous donnez une idée c’est la voix des morts vivants caverneuse que l’on utilise dans tous bons films de zombies qui se respectent). La science officielle étant sourde à mes protestations je me suis dirigé vers un acupuncteur qui en huit séances me fit ouvrir plus grande mes oreilles. J’entendais mieux. Je ne sais si ce sont toutes les thérapies suivies à la chaîne qui sont le résultat de cette amélioration ou le fruit seul de ma volonté. Toujours est-il que les acouphènes eux aussi disparurent sans crier gare mais du côté gauche seulement de mon cerveau. Je me dis que c’est un bon début.
Aujourd’hui, encouragé par l’amour, j’ai pu écouter et redécouvrir des sonorités oubliées depuis des milliards d’années grâce à des petits écouteurs trop mignons et hyper sophistiqués qui sont branchés sur mon tout premier iPod nano, trop mignon lui aussi.
La conclusion de ce billet, que je ne voudrais pas laisser en demi teinte, est que peut-être, parfois, c’est son propre système d’auto-guérison qui prend le pas sur toutes les médications quelles qu’elles soient, sur toutes les thérapies possibles, encouragé par la seule volonté et l’amour.
*Boîte De Gros Nazes