Ich bin ein Berliner (3)

novembre 29th, 2008

Garde frontière, Conrad Schumann fuit à l'ouest

Sans doute Berlin est une ville dans laquelle j’aimerais vivre s’il n’y avait pas cette langue un peu cavalière. Je dis ça sans méchanceté car les Berlinois sont d’une extrême courtoisie. Bon c’est comme partout ailleurs, il y a aussi de sacrées tronches de connards catégories poids lourd qui trainent ici ou là. J’avais bien lu dans le guide du tocard qu’il était fortement déconseillé d’embrayer une conversation avec le premier péquin venu sur le IIIe reich, ce qu’il en pensait et s’il ne culpabilisait pas un peu. Bien évidemment mon bon sens légendaire (pas celui de l’orientation) m’a préservé de tout dérapage. Faut pas déconner non plus.

Ce qui est troublant c’est qu’on ne peut pas faire semblant d’ignorer que le nazisme a foutu un bien beau bordel mondial et que la ville en a souffert par la suite. Je savais qu’elle avait été copieusement bombardée et j’avais commis l’erreur de penser que sa reconstruction avait engendré toutes ces larges avenues. Que nenni. Berlin était déjà auparavant une ville avec de grandes artères confortables. Curieusement, en me baladant dans les rues de Londres je n’avais pas ressenti ce gout de guerre et de destruction, et pourtant elle a dégusté la bougresse. Non, le parfum de Londres c’est celui d’une ville royale, qui sort ses attributs et ses manières d’un autre âge au milieu d’un tourbillon de cultures diverses et variées. Madrid aussi respire bien la royauté et la bourgeoisie d’ailleurs.

Mais revenons à nos moutons. Berlin après la guerre chaude a connu la guerre froide avec la construction du mur du même nom. Les soviets s’approprient « pour de vrai»  leur portion de Berlin, à l’est. Les secteurs anglais, américain et français se sont donc retrouvés automatiquement à l’ouest. Je ne vous refais pas l’histoire, j’ignorais plein de choses à ce sujet avant la visite du Mauermmuseum (le musée du mur situé au fameux checkpoint Charlie, le seul et unique musée où il y a des traductions en français) et celle du centre de documentation du mur, perdu tout au nord de la ville.

Un étrange sentiment m’a assailli pendant cette visite c’est que paradoxalement j’avais la gorge nouée et les yeux humides plus devant les témoignages de survie que de mort. La photo d’un soldat de l’ouest qui soulève les barbelés pour laisser passer un enfant qui tend les bras en est un parfait exemple comme celui d’une grand-mère qui veut sauter par sa fenêtre et qui est sauvée in extrémis. Si on ne saisit pas encore la force d’attraction de l’ouest pour les Berlinois confinés à l’est, la visite de ce musée s’impose.

Un autre truc bizarre s’est passé durant la visite, il y avait des  registres des personnes disparues de Berlin Est. Les visiteurs étaient invités à les consulter pour éventuellement donner des informations sur ces personnes. Je ne sais pas pourquoi, j’ai cherché s’il y avait des Dugomier dans la liste. J’en ai trouvé pratiquement trois pages. J’avais beau me raisonner en me disant que je n’avais surement aucun lien de parenté avec tous ces hommes (il n’y avait effectivement que des hommes) ça m’a drôlement remué les tripes de lire tous ces prénoms. C’est immédiatement après que j’ai abrégé la visite.

C’est sans doute parce que j’ai eu des témoignages directs des membres de ma famille qui ont vécu l’occupation allemande comme une horreur (ma grand mère explosant de colère à l’évocation de la mort de son bébé attribuée aux « sales boches» ) que j’avais toujours eu dans un coin de ma tête pendant mon séjour cette curiosité anthropologique. Ben non! Rien à signaler d’alarmant, les Berlinois sont des Européens bien ancrés dans le XXIe siècle à la différence des hordes de touristes allemands gros et rouges en short qui envahissent les plages de la méditerranée en été.

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5 commentaires

  1. antenor

    comme dirait mon père, enrolé de force dans la hitlerjugend, il faut laisser reposer les choses et ne pas les remuer en permanence. d’où je ne vois aucune utilité de poser la question aux allemands du moment s’ils se sentent responsables de ce qu’ont fait leurs grand-parents…

  2. MarcelD

    nous sommes bien d’accord. c’est la remarque écrite dans le guide du routard qui m’a fait titiller.

  3. Fab

    Ton billet m’a fait réfléchir sur ce que tu dis sur Londres…. Londres a été très bombardée mais n’a jamais été occupée et c’est peut-être là que vient la différence de feeling. Victimisation mais pas soumission.

  4. Baptiste

    T’as encore loupé une occasion de te branler toi hein

  5. Jérôme

    Content que tu sois « zufrieden»  de ton séjour à Berlin… et de te lire à nouveau.
    C’est vraiment une ville très intéressante. Les photos devraient intéressantes.
    Les Dugommier étaient peut-être de lointain cousins protestant ayant fuit les dragonnades de Louis XIV….