9h3o l heure du crime
Hier je suis allé voir la dame de l’APEK comme convenu. Je suis très méritant car il a fallu passer sur pas moins de quatre contacts avant de tomber sur la bonne. J’écris “bonne” c’est une expression car tous mes contacts n’ont été touchés qu’avec mon téléphone.
L’accueil fût un peu terrifiant de prime abord, mais efficace. Pas de sourire exagéré, ni de parfum superflu, j’ai bénéficié d’un traitement professionnel et rationnel. Je dois décliner mon identité en trois temps: Première étape : Je donne mon nom et je dois l’épeler pas trop vite car je crains de l’énerver. Deuxième étape : Je dévoile mon prénom, ce qui a été très agréablement retranscrit sur la feuille de papier dans une écrire fébrile et circonvolutionnée, elle savait écrire Marcel, la bonne affaire. Et enfin l’heure de mon rendez-vous, c’est à dire, je vous donne dans le mille: 9h30, l’heure de ma montre précisément que je lui montre avec un petit sourire. Je vois bien à l’expression de son visage, qu’elle n’apprécie que trop modérément mon entrain et ma soudaine familiarité. A ma décharge, je voulais juste détendre un peu l’atmosphère. Mais elle a une façon très particulière de marquer sa désapprobation en pinçant les lèvres en parlant sans me regarder. Je prends sur moi, en pensant qu’elle met en place un truc qu’elle a du apprendre en stage de PNL* pour ne pas se laisser déstabiliser par des couillons comme moi qui font le zouave.
-”On en a mâté des plus coriaces, mon petit bonhomme alors arrêtez de faire le malin, ça ne prend pas avec moi!”
Enfin, elle me demande avec qui j’ai rendez-vous. J’attendais cette question depuis le début mais j’ai laissé son professionnalisme s’exprimer.
-”J’ai rendez-vous avec Madame Michu.”
Elle me fait comprendre par une légère grimace qu’elle ne connait pas de Madame Michu. Je sens une douce chaleur parcourir ma colonne vertébrale. Je me suis trompé d’adresse, je suis à l’accueil des urgences d’un hôpital psychiatrique. En fait non! Dieu me tripote, j’ai eu la bonne idée de préciser :
-”Yolande Michu.”
Et Ô miracle, la dame de l’accueil se trémoussa sur son siège à maintien renforcé des lombaires et fit une légère translation vers son écran d’ordinateur, grâce aux roulettes dont les roulements à billes bien huilés assurent souplesse et silence dans les déplacements en ne faisant gémir que fort discrètement l’air comprimé qui circule dans l’axe double de rotation elliptique de l’assise.
Elle cherche quelque chose sur l’écran, que ça doit être hyper grave la maladie que j’ai décrite. Ah mais non!! Je ne suis pas aux urgences mais à l’APEK. Je me rassure comme je peux. Elle prend son téléphone, laisse sonner trois fois et raccroche.
-”Vous allez patienter dans le salon au fond du couloir à droite derrière moi.”
Forcément, moi je répète l’itinéraire en m’aidant de mes mains pour être sûr d’avoir bien tout compris (Mon côté blonde méditerranéenne) Elle me dévisage gravement en silence puis m’assène d’un :
-”Bien sûr! C’est ce que je viens de vous dire!!” (Soupir exaspéré.)
Je range ma fierté dans ma besace et je suis l’itinéraire indiqué.
J’arrive sans peine dans un grand espace lumineux sous une verrière où les gouttes de pluie viennent se fracasser assez brutalement. Les sièges sont à deux places c’est hyyyyper pratique pour mon sac et moi. J’ai horreur de poser mon sac à même le sol, c’est souvent sale et mal lavé par terre! Je patiente. Je m’emmerde. Des gens vont et viennent comme s’ils avaient du travail à faire, mais on ne me l’a fait pas à moi celle là!
Finalement, Madame Michu me surprend à la machine à café en train d’injurier cette saloperie de machine qui ne rend pas la monnaie. Léger flottement… En grande professionnelle elle fait semblant de ne pas m’avoir entendu ni même remarquer la trace de cirage laissée sur la carlingue du distributeur.
Une heure et demie plus tard je saluais la psychorigide de l’accueil d’un tonitruant :”A r’voir M’dame, bonne journéeuuuuh!” En pensant déjà à mon destin tout droit écrit dans le marbre sur la onzième tablette… euh… Je m’égare. Je vais pouvoir cumuler mon travail de naze dans ma BDGN** avec celui de travailleur indépendant. Le début de la délivrance.
*PNL : Programmation Neuro Linguistique infligée à toutes mes camarades tapioles surdiplômées dans les call center.
** BDGN : Boîte De Gros Nazes







14 commentaires sur “9h3o l heure du crime”
spicynico 30 octobre 2007 11:57
C’est bien la peine de lutter contre le cumul des mandats si n’importe qui peut faire n’importe quoi.
Sortir avec des chaussures dont le cirage n’est pas sec, est-ce vraiment digne d’un homme élégant ?
huit mille cinquante huit
Fab au taf 30 octobre 2007 12:51
On se serait presque cru chez Vian durant un (court) instant :zen:…
Et ben c’est une bonne nouvelle, ça, finalement :bong:! Je met une bouteille au frais, voire plusieurs?
:pom: Ca va en faire des choses à fêter! :bluepom:
Enguerrand 30 octobre 2007 13:08
Moi, j’aime pas l’APEK. Je préfère les pecs
Churchill 30 octobre 2007 13:37
Je ne crois pas avoir déjà lu un récit aussi tordant, aussi jouissif, aussi… :bravo: depuis…
Donnons à Marcel D le prix Goncourt ! :pom:
Balzac, Zola, Stendhal… PETITS JOUEURS !!! :tongue:
Marcel D à l’Académie française !!! :bong:
ET TOUT DE SUITE !!!
Marcel Dugomier 30 octobre 2007 13:45
-> Spicynico : Ah mais nan!! Moi c’est pas pareil!!! Et pis c’est pas du cirage, mais des traces de mes bottes en caoutchouc
-> Fab : plein de bouteilles!!! :pom: :pom: :pom: avec la mongolienne on répète une chorégraphie pour vous :bong: :pom: :bluepom: :pom: :bong:
-> Enguerrand : Mouarf!! Trop facile, t’es un copieur :tongue:
-> churchill : Nan mais arrête là, j’ai un début d’érection!
Ditom 30 octobre 2007 14:40
Eh ben… La conversation a du être sympathique avec la dame de l’accueil… En général, deux mongoliennes ensemble c’est à la limite du compréhensible :blonde:
En tous cas, je suis heureux que tu aies trouvé une place pour ton sac… Il ne faut pas nous le contrarier le Marcel parce qu’il serait capable de faire un procès au balayeur de l’APEK…
mich" 30 octobre 2007 14:48
Ohhh, mais ce texte est super long quand il est lu in situ, et non pas dans l’agrégateur. Le passage de “Madame Michu” à “Yolande Michu” est insoutenable. J’en ai encore les larmes aux yeux et des courbatures aux abdos.
MarcelD., plus besoin d’aller à la salle de sport pour avoir des abdos en béton. :vivivi:
Marcel Dugomier 30 octobre 2007 15:10
-> Ditom : Il ne faut pas se moquer des 1% handicapés!! Ce n’ets pas bien :nonono: :snif: :snif: :snif: :snif:
-> mich : ah mais c’est un scandale, il y a des gens qui me lisent via un agrégateur. Et moi je me décarcasse pour faire joli, tout ça quoi!!! Et ma charte graphique alors?!! :pascontent: :pascontent: :pascontent:
-Nico- 30 octobre 2007 15:48
Mais quelle jolie montre ! je veux la meme !
Ben 30 octobre 2007 18:33
Il est vrai que la montre est superbe!!

malheureusement je n’arrive pas à lire la marque!!
TT02 30 octobre 2007 19:58
Yeah ! C’est cool ça.
:flower:
Marcel Dugomier 30 octobre 2007 20:05
-> Nico & Ben: c’est une montre espagnole de marque Radiant. :vivivi:
-> TT02 : yep ! :bong:
Fab 30 octobre 2007 21:26
J’espére que vous emmenez un ordi portable à la mansion les gars: j’ai un salon trop en phase avec ta charte graphique! :bavegrave: Si si! (sauf les rideaux mais ils étaient là quand on est arrivés et ils ont l’air de coûter bonbon, je les vendrai le jour venu…) :flower:
leeloo 30 octobre 2007 21:50
Ah mais quel bonheur de vous lire, cher Marcel ! :pom::bluepom:
je glousse comme une pintade devant vos posts et les répliques de vos camarades de jeu… particulièrement celles de Ditom, spicy nico et fab…
j’ai le plaisir de travailler ches BDGK (« espèce d’orgue ayant des tuyaux en bambou, en usage au Laos »… ) qui se rapproche quand même pas mal de BDGN