IDAHO J+1

IDAHOJe croyais qu’avec le temps, j’allais m’y faire, m’y habituer, relativiser, grandir, mûrir, en un mot ne plus sentir cette rage sourde qui monte des entrailles.
Je parle de l’homophobie, non pas “LE” sujet du moment, la journée mondiale contre l’homophobie, mais celle que subissent au quotidien, généralement en silence, les plus vulnérables.
Je pense en particulier aux plus jeunes, à l’âge où ils doivent affronter le monde, s’affirmer, ressentir l’amour de leurs proches, se faire une place au soleil. Et paf ! Bah non, petit(e)s morveux(ses), les pédés et les goudous, on ne veut pas vous voir sauf sur un plateau télé. On ne veut pas de vous. Restez dans le Marais où on vous laisse glousser et grogner (tous des dindes et des camionneuses), et vous pouvez aussi défiler fièrement cul nul dans les rues une fois par an, alors ça va bien ! Pour le reste, circulez, il n’y a pas de place pour vous.
Je n’évoquerai pas les trans en tout genre, qui ne sont pas prêt(e)s de remplacer Claire Chazal au JT ou bien votre banquier dans un beau costume à rayures.
Pourquoi, je pense aux plus jeunes ?
Adolescent, j’ai côtoyé la mort de très près. Une toute jeune fille de 14 ans s’est tiré une balle dans la tête à l’aide du fusil de chasse de son père, et un jeune homme de 18 ans s’est fait un petit cocktail de médicaments. Je les connaissais, ils étaient dans ma classe tout les deux. Être confronté au suicide, à la mort d’aussi près, laisse toujours des traces, même des années après.
Ils n’étaient pas homo, moi si. A cette époque, dans ma province, je luttais de toutes mes forces pour m’accrocher à la rampe, pour ne pas tomber, pour tenir le plus longtemps possible et essayer de vivre secrètement et honteusement ma maladie (Aucune ironie ici, c’est le plus sérieusement du monde que j’ai supplié la psy lors de ma première consultation pour qu’elle me guérisse, que je devienne normal… j’avais vingt ans).
Ces deux suicides, j’y repense toujours parce qu’il s’agit de personnes que j’aimais bien et parce qu’à cette époque je me disais bravement :”Bah tu vois Marcel, c’est facile, aujourd’hui tu souffres, demain tu n’es plus là et tout devient plus simple.”
Seulement voilà, je n’étais sans doute pas assez désespéré ou pas assez courageux pour passer à l’acte et je suis vivant aujourd’hui et je m’en félicite.
Aujourd’hui je pense à tous ces jeunes dans la même situation qui franchissent le pas, qui font le grand saut vers le néant et à ceux qui pensent le faire. Oui ! Aujourd’hui, il est encore difficile de vivre son homosexualité. Ici à Paris, en banlieue, en province, en France et dans bien d’autres pays.
Il y a quelques semaines, j’ai lu sur un blog, que deux garçons s’étaient fait virer du restaurant parce qu’ils s’embrassaient sur la bouche. Non pas parce que le comité d’hygiène interdise la soupe de langue, mais parce qu’il s’agissait précisément de deux gars !
Alors on imagine avec grand peine, un rendez-vous amoureux dans une crêperie de Plougastel les Bigorneaux où deux tourtereaux s’emballeraient un peu trop vite.
Moi même dans les années 80, je me suis vu refuser l’accès à un restaurant parisien au prétexte qu’il n’y avait pas de 2e service (Ce qui était faux). J’étais accompagné de mon boy friend, main dans la main et ça choquait le bourgeois de cette lointaine époque.
Une autre anecdote, en province cette fois ci. Par un bel après-midi d’été, dans la piscine municipale découverte, le maître nageur est venu (honteusement) nous demander d’arrêter de nous embrasser dans la piscine, au prétexte qu’il y a des mères de famille qui sont choquées. Vous vous rendez compte, devant les enfants, c’est obscène !
Mais il devait y avoir aussi peut-être, je dis bien peut-être, une autre raison à cette demande. Vous avez sans doute entendu parler de cette incroyable histoire du cancer des gays. J’imagine bien qu’un peu de salive de deux pédales en train de se palucher dans l’eau de la piscine aurait sûrement contaminé tous les baigneurs. Nous sommes des monstres !
Je raconte ça d’un ton un peu léger, mais je peux vous assurer que cette sortie de bain m’a cruellement fait souffrir, comme une injustice, un mépris, un déni de soi. Le pire étant de supporter les regards vainqueurs des gens sur le bord de la piscine. Mais bon, c’est de l’histoire ancienne, les mentalités ont évoluées. (On se rassure comme on peut.)
Justement, dans la France du XXIe siècle, il se trouve des députés qui pensent et qui disent que l’homosexualité est une menace pour la survie de l’humanité. Christian Vanneste, député UMP du Nord est tristement célèbre pour cette saillie.
Revenons, à ces jeunes en pleine crise existentielle, de questionnements. Ils entendent ces propos homophobes brut de décoffrage de la bouche d’un élu représentant le peuple, que Nicolas Sarkozy ne condamne pas et qui refuse d’exclure son député de son mouvement. Ils se sentent comment à cet instant là ?
On ne saura jamais si ces propos ont engendré des passages à l’acte. Dans le mileu hospitalier on parle de “TS” pour tentative de suicide.
Mais il est vrai aussi que dans cette France du XXIe siècle, on apprend que les suicidaires seraient génétiquement programmés pour se suicider au même titre qu’un homo a dans son corps le fameux gêne de l’homosexualité. Heureusement que l’on va ficher tout ça, et le problème sera réglé … précocement. Dieu merci.
Tiens quand on parle du loup, dans le monde catholique (Aimez vous les uns les autres.) par la parole du pape Benoit XVI, l’Eglise considère l’homosexualité comme une chose intrinsèquement mauvaise.
C’est peu dire que nos petit(e)s jeunes se sentent aimé(e)s dans ce monde.

Alors cette journée IDAHO cuvée 2007, j’espère qu’elle fera avancer les mentalités, les esprits, les coeurs. On aura peut-être droit à un résumé de 15 secondes au JT de Claire Chazal et ensuite on passera aux affaires courantes.

Moi ça me fout la gerbe. Je ne décolère pas.

Résumé :
Soit un jeune gars, appelons le François, qui sait qu’il préfère son partenaire de judo Valéry à la petite Virginie sa voisine qui ne fait rien que de l’embêter. En ce moment il se pose un tas de questions :
- J’ai un bouton sur la joue est-ce que je suis un monstre ?
- Je risque de perdre un ami si je dis à Valéry que j’ai des sentiments pour lui ?
- Je vais faire de la peine à père et mère si je leur dis, et mon grand frère va encore me frapper.
- Je vais sûrement brûler en enfer, c’est le curé qui m’en a parlé l’autre dimanche.
- Je ne suis pas normal, est-ce qu’on va me soigner grâce à l’étude de mon ADN ?
- La société pense que je vais anéantir l’humanité toute entière, moi tout seul ?
- Vais-je pouvoir aller sereinement visiter l’Egypte cet été ?

On sent bien que le jeune François, il est à l’aise dans ses baskets.

Bah heureusement pour lui, on fait une fois par an une journée mondiale de lutte contre l’homophobie. Ha, ce n’est pas de bol, c’était hier ! T’as laissé passer ton tour, mon petit François, va falloir attendre un an pour entendre tout le monde te dire qu’on t’aime tel que tu es.

Petite leçon d’homophobie :
Expulser un couple gay qui s’embrasse dans un restaurant, c’est de l’homophobie. On ne vire pas un couple hétéro dans la même posture ni dans un restaurant, ni dans une piscine municipale.
Insulter Steevy Boulay n’est pas un acte d’homophobie, c’est une insulte répréhensible par la loi.
Je sais, je ne dois pas être normal, mais il n’a jamais réussi à m’énerver ce Steevy. Non ! Aïe pas la tête !

  1. 16 commentaires sur “IDAHO J+1”

  2. Fille Aux Craies 18 mai 2007 6:28

    Pour avoir moi-même un gène classé “indésirable” dans le corps, j’espère de tout mon coeur que l’on ne découvrira jamais un gène de l’homosexualité. Sinon ça sera test prénataux et tout le bordel :snif: les gens réfléchissent tellement de travers…

  3. antenor 18 mai 2007 7:39

    sujet délicat s’il en est ! il faut faire attention de ne pas éditer de règles à partir d’exemples, car je pourrais te donner des contre exemples pour chacun des cas cités. il faut, me semble-t-il, ne jamais oublier que nous avons tous “peur” de ce qu’on ne connait pas, et que choquer pour s’imposer n’est peut être pas ce qu’il y a de mieux ?
    mais qu’est ce qui se passe, je deviens sérieux avec ton billet, merde !

  4. Olivier 18 mai 2007 11:26

    tu sais écrire aussi concisément? :tongue:

  5. Marcel Dugomier 18 mai 2007 12:21

    -> Fille Aux Craies : Bah euh, j’espère que ça va bien quand même. :flower:
    -> antenor : je comprends bien ce que tu veux dire, et je ne cautionne pas les jusqu’auboutistes dans la provoc. Pour les contre-exemples ? le resto et la piscine ? un cuople hétéro qui se roule une pelle avec la bave au resto, normalement on leurs demande de bien se tenir ou bien ils dégagent. C’est du savoir vivre.
    -> Olivier : t’as vu, j’avais bien anticipé :mrgreen:

  6. Fab 18 mai 2007 12:23

    Je me souviens de mon adolescence, je ne la revivrais sous aucun pretexte, et je comprends tres bien ce que tu veux dire en parlant de “s’accrocher a la rampe”, et oui il y a des jeunes qui la lachent.

    Mais dans tes exemples celui qui me fait le plus gerber c’est “tout de meme, il y a des enfants!”, les adultes que cela derange se planquent toujours derriere ce laius foireux. Alors que les momes, en general, ils sont genetiquement programmes pour vous accepter. Je sais de quoi je parle, demandez a ma super copine Megan (8 ans) ou a mes potes la compote de jumelles Freia et Hannah (7ans) qui nous ont demande directos avec Parker si on etait amoureux. On a dit oui et on est reparti jouer dans le jardin (sauf Parker car c’est un type serieux, mais une partie de twister avec les keupines c’est sacre!)

  7. spicynico 18 mai 2007 12:32

    Bon, ok, je te l’accord, on peut plus taper sur les pédés.
    Mais rassure-moi, les arabes, on peut toujours ?
    8788 (89, 90 etc, trop facile celle-là)

  8. TT02 18 mai 2007 12:48

    “Bon, ok, je te l’accord, on peut plus taper sur les pédés.
    Mais rassure-moi, les arabes, on peut toujours ?”

    Non pas, pas sur les pédés et pas sur les arabes, ils ne restent plus que les noirs, alors ?

  9. Marcel Dugomier 18 mai 2007 13:17

    -> Fab : Parker n’est pas homo :euh:
    -> spicynico & TT02 : non pas les arabes, ni les noirs c’est pas bien :nonono: par contre les blondes oui ! :pom:
    6655 (4433,2211,0000)

  10. Fab 18 mai 2007 18:00

    Tout de suite les grands mots, parce qu’il n’aime pas jouer au twister :roll: (mais si c’etait vrai quand meme… mon dieu :euh: )

  11. winy 25 mai 2007 9:18

    Ca me met en colère aussi.
    De savoir que parfois certains de mes copains/copines sont blessés, ça me donne envie de sortir les crocs.
    J’ai moi même une particularité qui fait aussi beaucoup de dégâts chez certains de mes jeunes (ou moins jeunes) congénères.
    Je suis une femme XL.
    Et le pire, c’est que parfois, ces mêmes homos qui crient à la tolérence m’ont rejetée par dégoût ou je ne sais quelle autre connerie. (Pourtant je suis plutôt pas mal 8-) :mrgreen: )
    Alors je ne peux que comprendre ton malaise face à cette haine qui ne dit pas son nom.

    Mais attention.
    Il ne faut pas oublier qu’il y’a aussi tout plein de gens qui, non seulement acceptent, mais en plus, vous font l’honneur de s’en foutre royalement, de ce que vous pouvez faire sous la couette. (Ou ailleurs :roll:).

    Petit à petit…

    :flower:

  12. winy 25 mai 2007 9:30

    Holala je me relis et qu’est ce que la fin de mon com’ fait cucul.
    M’en fout 8-)

  13. Marcel Dugomier 25 mai 2007 10:31

    -> winy : yep ! c’est exactement ça : que tout le monde s’en fiche de ce que l’on peut bien faire sous la couette ou ailleurs. :flower:

  14. antoine 20 janvier 2008 14:56

    Les adolescents gays se suicideraient 7 fois plus que les autres. Ces mères autour de la piscine étaient indignes. Peut-être que l’une d’entre elles avaient un fils homo qui était ravi de voir pour la première de sa vie deux hommes s’embrasser.

  15. Marcel Dugomier 21 janvier 2008 14:33

    -> antoine : Oui et peux-t-être s’est-il senti mieux, moins seul, mais aussi s’est-il promis de souffrir en silence devant le traitement infligé à ces deux hommes.

  16. Christine Boutin 16 mai 2008 18:56

    Viens lécher mon fruit de mer!

  1. 1 Trackback(s)

  2. 16 mai 2008 17:13: Marcel Dugomier écrit… » Blog Archive » journee mondiale contre l homophobie 2oo8

Quelque chose à dire?