les temoins

Je suis allé voir le film d’André Téchiné, les témoins.
Je suis encore sous le choc. Bien sûr, je me suis fait un malaise vagal, mais prévoyant, je mettais mis au dernier rang, et avant de m’évanouir complètement sans déranger plein de gens, j’ai pu m’allonger discrètement sur le sol, récupérer et terminer la séance assis tout en haut sur les marches.
Même si je connaissais l’histoire, j’ai été touché très fort par le jeu des acteurs. La crédibilité absolue, dans les regards des uns et des autres. Michel Blanc (Adrien) a un rôle à sa mesure, une épaisseur incroyable, une sensibilité à fleur de peau. Il m’a carrément emballé. Je sais que d’autres ne l’ont pas vu avec mon regard mais il est assurément crédible. Sami Bouajila (Medhi) est déconcertant, à la fois dur et meurtri, il endosse le rôle avec conviction, mais à mon humble avis moins efficacement que Michel Blanc.
Johan Libéreau (Manu) est le symbole de la vie qu’on vole. Des yeux qui pétillent, des instants de grâce, il a sur les épaules tout le scénario, le sida, et la mort inévitable au bout de l’histoire. Spectateur, on ne pense qu’à lui, on s’inquiète pour lui, on vit pour lui, on le soutient du mieux qu’on peut.
Emmanuelle Béart (Sarah) est sublime. Ses grands yeux ne vous lâchent pas une seconde quand elle est face à vous, impossible de fuir, elle vous tient, vous questionne sans relâche, elle obtient d’ailleurs l’ultime réponse à la fin du film :”C’est un miracle d’être vivant”.
Ce film ne marquera forcément pas de la même façon ceux qui ont croisé le sida sur leur route, ceux qui avaient 20 ans dans les années 80, ceux qui se sont cachés pour vivre, ceux qui sont montés à Paris (c’est effectivement le cas de Manu) et qui tout d’un coup ont vu cette maladie qui tue, qui discrimine encore plus et les jeunes d’aujourd’hui (homo ou pas d’ailleurs). Quand on survit à ça, et qu’on regarde dans le rétroviseur, on ne peut que constater qu’il y a encore bien des plaies qui ont du mal à cicatriser. André Téchiné témoigne de cette époque qui résonne aujourd’hui encore avec toute son âpreté. Un grand Merci pour ce témoignage.

Je vous encourage à aller voir ce film et en particulier les plus jeunes d’entre nous, qui semblent ignorer qu’on meurt toujours du sida en 2007.

  1. 8 commentaires sur “les temoins”

  2. antenor 13 mars 2007 7:20

    et les “un tout petit peu moins jeune d’entre nous” on va se brosser ou quoi ? moi aussi, je voudrais aller le voir, ce film !

  3. Marcel Dugomier 13 mars 2007 10:13

    -> antenor : N’ayant pas de brosse sous la main, tu peux y aller mon grand. J’ai corrigé mon texte.

  4. Smarty 13 mars 2007 18:28

    Ce film fait partie de ma liste des cinés à faire ce mois-ci. Il m’avait d’abord attiré par le fait que l’histoire se déroule en partie à 5 minutes de chez moi à Marseille, où j’allais pêcher avec mon père sur ces mêmes rochers blancs. “Oh ! Passeu-moi les esches ! Ca pite ? Ca pite ?” (désolé).

  5. Fab 13 mars 2007 19:51

    Ditto, j’attends qu’il sorte a Londres (Institut francais ou au Curzon) egalement.
    Plus leger je suis alle voir “Fauteuil d’orchestre” hier soir ca m’a bien fait rigoler. C’est bon de se replonger dans la culture francaise parfois! :roll: :wink:

  6. Olivier Autissier 14 mars 2007 12:09

    Ta vision du film est la plus juste que j’ai lue jusqu’à présent !

  7. Ditom 14 mars 2007 15:55

    J’ai été bouleversé par ce film… Peu importent les anachronismes. Comme tu l’écris, le jeu des acteurs est très juste et la profondeur de l’histoire est renforcée par le côté léger de la réalisation ainsi que par la rapidité du rythme qui renforce ce sentiment d’urgence. Je suis un peu moins convaincu par la narration d’Emmanuelle Béart. Mais c’est un film qui restera dans ma mémoire et auquel je repenserai souvent. J’avais 10 ans dans les années 80 mais je suis profondément marqué par les années sida.

  8. Marcel Dugomier 14 mars 2007 18:25

    -> Smarty : je ne connais pas Marseille, mais en tous cas la lumière est éblouissante dans le film. (c’est quoi “ça pite” ?)
    -> Fab : question stupide : comment les Anglais homos ont vécu cette période, le scandale du sang contaminé en moins ? (sinon … avec un seul “t” dito)
    -> Olivier : on doit avoir les mêmes références alors, ce film touche les gens de façon très personnelle.
    -> Ditom : faut faire passer l’info, je vois trop de gens qui n’ont pas bien compris la nécessité de se protéger. c’est la folie !

  9. Smarty 14 mars 2007 19:09

    Marcel, “ça pite”, ça veut dire “ça mord”, c’est quand le poisson commence à venir picorer l’hameçon mais sans encore le saisir à pleine bouche. Quelqu’un qui mange constamment de petites quantités de nouriture à longueur de journée c’est aussi quelqu’un qui pite. Je ne savais pas que c’était une expression typiquement marseillaise ! (Marseille, à visiter !) ;)

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