le regard vert
Je m’installe sur la banquette, harassé. Je cours depuis le début de l’après midi dans toutes les boutiques pour trouver le jean taille basse qui me va à mourir d’après le rabatteur/vendeur/baratineur de la petite boutique pour les névrosés chroniques du “mon dieu c’est terrible, je n’ai plus rien à me mettre !”
Ca va, il n’y a pas trop de monde, pas trop de fumée et la musique n’est pas branchée sur les bouffta bouffta bouffta bouffta*. Je respire un peu. Bon, qu’est ce que je vais bien pouvoir boire maintenant ? Il est trop tôt pour une tite bière, beaucoup trop tôt pour un verre de vin, et beaucoup beaucoup trop tôt pour une vodka-ice avec la paille fluorescente.
Je tournicote la carte des boissons et c’est là que mon coeur s’est arrêté de battre. BOOoum silence, boum, silenceeeeeeee, bôm silenceeeeeeeeeee. Je pique mon nez dans la carte, écarlate (pas la carte ! Mon visage) Je reprends mon souffle, mon cœur se remet à battre, boum-boum, silenceeee, boum-boum, silenceee, boum-boum. Je viens de croiser le regard du mec le plus beau de la planète, et ce con il continue de me regarder, je le sens !!!
AAAAH !! BOooouum BOOooumm !!
-”Et pour le jeune homme ce sera ?” Mais quel naze ce serveur ne peut pas prévenir quand il arrive, y m’a fait peur !
-”Euuuh, bah un café, oui c’est ça un café … chaud.”
Et il me vole ma carte des consos. Gloups ! Je suis à découvert maintenant, je ne sais plus où me mettre ! Bon, je respire, je tourne légèrement la tête vers la droite, les yeux fixés droit devant, subitement attirés par l’œuvre d’art le tableau accroché au mur. Je sens que je merde et oooups, je glisse le coup d’oeil, et boum boum boum, il a encore planté ses yeux verts dans les miens. Mais ?! Mais en plus, il m’a sourit !
Mon petit Marcel, va falloir assurer que je me dis dans ma tête. J’explique, le monsieur “Regard vert sourire colgate” est, je crois j’en suis certain, l’homme le plus beau de toute la planète et de toute l’histoire de l’humanité passée et à venir. Mâchoire carrée, cheveux courts blonds foncés, barbe noire, cou fort qui se prolonge dans le “V” de sa chemise ouverte avec les petits poils qui dépassent juste ce qu’il faut mais pas trop, hein ! Et ses mains… incredible !! Deux mains puissantes (naaan pas trois, deux !) qui émergent au bout de bras veloutés dorés poils blonds. Rhâaaaaa. Je re-fixe le tableau. Mais qu’il est moche ce tableau !
-” AAAAAAhhh ! BOOuummm BOOOuumm !”
-”Et voila le café !”
Argh! Je le déteste ce serveur, il me fait des frayeurs dingues. Je plonge mon nez dans la tasse au sens propre et au sens figuré. Propre, c’est vite dit, j’ai la trace de café sur l’arête du nez, je la sens, j’en suis sûr et “Regard vert sourire colgate” doit le voir. Je m’essuie promptement d’un revers de manche (très distingué ma foi) et je prends mon courage à deux mains (j’ai entre-temps lâché ma tasse) et tourne délibérément mon regard vers lui. Bah ?! Il ne me regarde plus !!!!!
Consternation. Je joue avec ma cuillère pensivement. Je me décide enfin. Nouvelle tentative, je chope son regard, mon coeur est parti se planquer au fond de l’estomac, je maintiens son regard, il sourit, je sens un rictus déformer mon visage, ça doit être une ébauche de sourire. Ca dure une éternité et c’est bon. C’est trop bon ! Mon coeur (le couard) refait surface, je sens mes joues rosir. Et je le vois se lever. Doux Jésus Marie Joseph !!!! (Au moins !) Ma mâchoire se décroche et vient d’atterrir dans la tasse bruyamment. Ah non tiens ! c’est ma cuillère. Il est grand, grand, grand comme ce n’est pas permis d’être grand et musclé et mince à la fois. Je le suis … du regard, il passe devant moi, me glisse un sourire en coin, et se dirige vers la sortie tranquillement. Mes yeux sont scotchés à ses fesses que c’en est parfaitement indécent !
Je regarde. Je le regarde, Je me regarde assis là sur ma banquette. Je suis tout seul en face de ce vilain tableau, et je reste là comme une dinde. J’y vais, je le suis ? Bah non, ce gars était trop beau pour moi de toutes façons. Mais qu’est ce que tu risques ? Au pire qu’est ce qu’il peut t’arriver ? Bah euh… Rien. Bah alors, vas y fonces Marcel !
Je balance mon bifton sur la table, je sors du bar un peu précipitamment, coup d’oeil à droite, coup d’oeil à gauche… boum boum boum boum boum boum. Il a disparu !
*emprunté à Ralf König dans l’album Roy & Al
Pour ceux qui ne connaissent pas : Paul et Cie
Ce billet a déjà été posté sur mon ancien éphémère blog







8 commentaires sur “le regard vert”
TT02 29 janvier 2007 22:35
Ah oui, la dinde. T’as pas été assez rapide.
:euh:
:love: :tongue: :pom:
:gratt:
:snif:
Je te re-raconte en smiley ton histoire, de mémoire après une seule lecture.
antenor 29 janvier 2007 23:02
j’avais pas vu venir que c’était un extrait d’un bouquin, je pensais à un daydream ou alors un extrait du 3567è épisode de santa barbara…
Marcel Dugomier 30 janvier 2007 4:52
-> TT02 : :flower:
-> antenor : ne le répète à personne, c’est un extrait du dernier livre de Mireille Mathieu “Ma vie, mes amours, mon shampoo”
Badibuh 30 janvier 2007 11:12
Le regard vert, ça fait très Nicolas Hulot
Marcel Dugomier 30 janvier 2007 12:02
-> Badibuh : mais t’es pas romantique du tout toâ ! les yeux verts (revolver aussi) c’est mieux que “putain de sa race, t’as vu comment il est gaulé ?” Nan ?:mrgreen:
spicynico 30 janvier 2007 12:03
Te serais-tu immiscé dans mon corps un jour ? Parce que là, à part le café que je ne bois pas, il y a quelque chose de totalement ressemblant !
Smarty 30 janvier 2007 22:15
Ah je comprends … arrivé à la moitié de la lecture je me suis dit … mais ? Je deviens fou ? J’ai déjà lu cette histoire ! Forcément, je l’ai découverte pour la première fois il y a quelques semaines … !
Marcel Dugomier 30 janvier 2007 22:27
-> spicynico : euh non pas immiscé dans ton corps ! mais on a tous vécu ça un jour (pour les timides)
-> smarty : oh oui, je suis désolé, j’ai oublié de le préciser que ce billet a déjà été posté sur mon ancien blog noos. (d’ailleurs, il y avait plein de fautes) je vais remettre du neuf bientôt.